Taylor Brown – Le fleuve des rois



Je viens de terminer un livre merveilleux, d’une beauté, d’une sauvagerie, d’une ampleur éblouissantes. C’est une incroyable épopée, sur plusieurs siècles.

Je dois dire qu’au premier abord (puis au deuxième, au troisième, etc) j’ai trouvé que la couverture était vraiment…. moche, et ne rendait pas du tout hommage aux merveilleux, au mystérieux, à l’or des conquistadors, à l’argenté des armures des conquérants français de la même époque, et le rouge du sang versé. Les armures, les indiens, ce fleuve sombre et mystérieux, ces créatures légendaires… et le présent du fleuve, ses habitants, et ses particularités, tous ces méandres. Et les deux frères, à notre époque, qui descendent l’Altamaha River avec les cendres de leur père. La couverture aurait dû être flamboyante….

Alors, futurs lecteurs, enlevez la jaquette et embarquez, il faut juste un kayak, ou un bateau de pêche pas très gros, ou un trois-mâts des années 1564 qui a fait le chemin depuis la France jusqu’à cette partie inconnue du Nouveau Monde,, la Nouvelle France, qui deviendra la Géorgie. Et plus particulièrement à l’embouchure d’un fleuve presque inconnu : l’Altamaha River.

Un an après le décès de leur père, Lawton et Hunter entreprennent de descendre l’Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l’océan. C’est sur ce fleuve de Géorgie, et dans des circonstances troublantes, que cet homme ténébreux et secret a perdu la vie, et son aîné compte bien éclaircir les causes de sa mort. Il faut dire que l’Altamaha River n’est pas un cours d’eau comme les autres : nombreuses sont ses légendes.
On raconte notamment que c’est sur ses berges qu’aurait été établi l’un des premiers forts européens du continent au XVIe siècle, et qu’une créature mystérieuse vivrait tapie au fond de son lit. Et on y croit encore, actuellement, ce monstre est réputé comme Nessie, dans le Loch Ness. D’ailleurs, il lui ressemblerait
.

Remontant le cours du temps et du fleuve, on est à la fois en 2017 avec Lawton et Hunter, deux frères que tout sépare : l’ainé fait partie des Forces Spéciales des Navy Seals, Hunter quant à lui, est encore étudiant, en Histoire. Ce qui les rapproche, par contre, c’est leur père, Hiram, qui leur a fait connaitre ce fleuve, avec ses incroyables méandres et recoins, affluents, criques, où l’on trouve de tout pour peu qu’on connaisse les itinéraires, et qu’on aie un bateau. Ou un kakak, assez grand pour des provisions d’eau, et des rations de l’armée. Eux ont en plus un sac contenant les quatre kilos de cendres de son père. Ils doivent descendre le fleuve, et disperser ces cendres à l’embouchure de l’Altamaha River avec l’Océan. En retraçant les jours et les nuits de leur épopée sur le fleuve, on comprend la complexité des relations entre les deux frères et leur relation avec leur père, et tous les secrets. On est aussi à la fois avec Hiram en 1970, en 1980’…..

On est en même temps avec Jacques Le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe du roi de France Charles IX, qui prend part à l’expédition de 1564 au coeur de cette région mythique. (Il a bien existé, est rentré en France, et ce récit est basé sur ses rapports d’expéditions et ses dessins) Sur des bateaux à voiles, des navires de guerre de trois cents tonneaux. Trois navires qui ont appareillé au Havre, avec trois cents colons à bord, des marins, des soldats et des aristocrates, tous des Huguenots, qui fuient les guerres de religions et les catholiques. Les bateaux accostent à l’embouchure de l’Altamaha, et rejoignent le Fort Caroline, au bord du fleuve, pour reprendre main sur le territoire, après la désastreuse expédition de 1562. Il reste quelques survivants, devenus interprètes avec les Indiens. Le Moyne va raconter ce qui arrive, et dessiner ces cyprès géants, encombrés de ces toiles grises qui pendent, la « mousse espagnole ». Il va dessiner les indiens, leurs coutumes, les batailles, et le monstre qui vit au fond du fleuve, l’Altamaha-ha. .

Et là j’ai immédiatement les images d' »Aguirre et la colère de Dieu » de Werner Herzog, de Apocalypto de Mel Gibson, de « Mission » de Roland Joffé, et même parfois de « La Forêt d’Émeraude » de Boorman. Cette atmosphère verte, humide, violente d’une forêt traversée par un fleuve, de la violence, des conquérants du « Vieux Monde » essayant de s’adapter à une région, un nouveau monde, soit pour installer la suprématie de leur pays, soit pour évangéliser les indiens, soit les deux. J’ai passé un temps infini sur Wikipédia et sur les divers liens qui parlent du fleuve, de sa géographie, de son passé, de sa cryptozoologie. J’en ai appris, des choses intenses, en lien avec ce livre, qui est flamboyant, épique, douloureux et fort. Et bien sûr, je le recommande, c’est une vraie découverte, des moments intenses, des aventures, c’est presque magique !

Je remercie les éditions Albin Michel, et leur collection Terres d’Amérique pour leur confiance, et pour ces heures passionnantes passées en lisant ce livre de Taylor Brown.

Le fleuve des rois – Taylor Brown, Editions Albin Michel Terres d’Amérique, sortie le 12 mai 2021, traduction : Laurent Boscq

13 commentaires

  1. Je suis braquée sur les couvertures, en ce moment… comme Gallmeister doit être concurrent de Terres d’Amérique, au vu des nouvelles couv superbes chez Totem aussi, je trouve que les éditeurs devraient revisiter leurs charte graphique. Et à une nouvelle façon d’attirer le client…Je m’imagine dans une librairie, entre Betty, ou Landfall et Le Fleuve des Rois, il n’y aurait pas photo. Si j’ose dire. C’est important, l’objet-livre. Il faut sortir de l’ordinaire..

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