Kerozene – Adeline Dieudonné

C’est peu de dire que je l’attendais, ce livre ! En fait, depuis Septembre 2018 ! Il y a des auteurs qu’on attend. Fébrilement, mais l’air de rien… le premier roman d’Adeline Dieudonné, « La Vraie Vie », m’avait vraiment marquée. Par son style, et par la façon de raconter cette histoire. Alors, pensez, je l’ai lu d’un trait, cette nuit, , ce « Kerozene ».

Plantons le décor:

Une station-service, une nuit d’été, dans les Ardennes.
Sous la lumière crue des néons, dans des odeurs d’essence et d’asphalte, ils sont quinze à se croiser, si on compte le cheval et le cadavre planqué à l’arrière d’un gros Hummer noir. . .Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23h12. Dans une minute, tout va basculer.


C’est l’été. Une nuit de canicule, la chaleur baisse un peu, mais tout est écrasé de la chaleur du jour. Le bitume qui semble fondre, par endroits. L’odeur de l’essence. Les panneaux de pub pour les sandwiches proposés dans la supérette de la station service sont décolorés. La petite terrasse propose quelques tables et chaises, pas vraiment propres. Les parasols sont bien refermés, et sous housse. La fille de la station-service-supérette-cafétéria est derrière le comptoir, et discute avec son collègue. Une vieille dame mange des cerises en soufflant les noyaux. Elle est désespérée, mais ne le montre pas.
Tout le monde, chaque personnage détaillé est au point de rupture. Chacun d’eux a un chapitre, titré de son prénom : ainsi on se plonge dans la vie, l’univers de chaque protagoniste, ce qui l’amène jusque là, Chelly, prof de fitness-pole dance, instagrammeuse enragée, avec ses hashtags, elle entretient son image corporelle et virtuelle. Elle sait ce qu’elle veut. C’est une dure. Jusqu’à ce qu’elle craque.
Il y a Victoire, mannequin, allergique à l’eau : elle ne boit que du lait, déteste les dauphins à un point qu’on ne peut imaginer. Alors penser que…. non, pas possible !
Il y a Julie, Olivier, Mauricio, Loïc, Alika, Mike, Gigi…. une galerie de portraits sans fard, à cru. Les moments qui les ont tous menés là, dans cette station-service du bout du monde.
On pourrait être n’importe où, dans les Landes, au Texas, dans le Nevada, tant ce décor de nuit écrasé de chaleur semble universel.
Le style d’Adeline Dieudonné est clair, étincelant et rempli de chaleur pour chacun des personnages, même si dans leur vie ils rencontrent des choses atroces. Atroces, avilissantes, ou parfois ils ne s’en rendent pas compte.
L’auteure se glisse dans la peau de chacun, et les pensées sont exprimées dans un langage parlé d’un naturel confondant, on s’attache à chacun, ou presque. Certains sont trop abimés.
On sait qu’il va arriver quelque chose à la fin. C’est donc un suspense infernal, une galerie de personnages, un roman noir, un roman social, une photo groupée, peut-être même qu’un astéroïde va leur tomber sur le poil. On imagine tout.
Et on aimerait bien que le livre ne s’arrête pas tant on s’y sent bien, au milieu de ces gens déglingués…

Je ne peux vous en dire plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de cette lecture, mais je peux dire : « Foncez »! Dans une librairie, ou en ligne chez Les Libraires, ou dans votre librairie qui a sûrement une page « click and collect », achetez-le, empruntez-le, bref, un roman qui vous emportera loin des histoires qui passent à la télé, confinement, covid et tout le bazar. Grimpez dans cette fusée !

Kerozene – Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste, 257 pages, 1er avril 2021

12 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s