Les somnambules – Chuck Wending

J’ai commandé ce livre ainsi que d’autres des Ed Sonatine, parce que je suis rarement deçue par leurs thrillers. Celui-ci, juste sorti ce mois-ci, m’a fait penser à Stephen King. Mais je n’avais pas vu qu’il faisait près de 1200 pages. 1165 pages exactement. Ni qu’il pèserait une tonne ! Mais j’ai plongé dedans direct.

L’histoire :
Dans un petit village de Pennsylvanie, Shana surprend sa sœur, Nessie, quittant d’un pas résolu leur maison. Lorsqu’elle tente de l’intercepter, la petite fille ne réagit pas à sa présence. Mutique, absente, le regard vide, elle avance… Croyant à une crise de somnambulisme, Shana commence à la suivre. Rapidement, elles sont rejointes par un deuxième errant, frappé des mêmes symptômes que Nessie. Puis un autre. Bientôt, ils sont des centaines à converger vers la même destination inconnue, tandis que leurs proches, impuissants, leur emboîtent le pas. Mais leur traversée du pays réveille la violence qui sommeillait au cœur de la société américaine. Et si certains sont terrorisés par la menace d’une épidémie mystérieuse, d’autres y voient l’opportunité d’imposer leur vision du monde, à n’importe quel prix.

Et alors, mondieuseigneur, quel bouquin ! Juste incroyable. Je m’étais un peu préparée à subir l’essoufflement de l’auteur, de l’histoire, à devoir sauter des pages, voire des chapitres, ou même à abandonner (je l’ai cent fois fait, j’en ai même lançé par la fenêtre, ou jeté à l’autre bout de la pièce) mais là ! Quel bouquin excellent, prenant !

Dans un futur assez proche, Pennsylvanie. On fait la connaissance de Shana, presque 18 ans, qui, avec sa soeur Vanessa, dite Nessie, 15 ans, aide son père à la ferme familiale, pour faire les fromages artisanaux depuis que leur mère est partie, deux ans plus tôt. Mais ce jour-là, Nessie ne la rejoint pas. Nessie n’est même pas là. Nulle part dans la maison. Ni même à la ferme. Et Shana aperçoit sa silhouette là bas, loin sur la route. Nessie est en pyjama. Pieds nus. Et elle marche, en avant, sans réagir aux cris de sa soeur. Elle semble regarder à travers Shana. Les yeux fixes. Elle ne s’arrête absolument pas. Shana essaye de la forcer en la prenant dans ses bras de toutes ses forces : en réaction Nessie se met à grimper en température, devient brûlante, ses yeux se mettent à saigner, et elle pousse un hurlement presque inhumain. Shana la lâche, court chercher son père, l’empêche de stopper Nessie, mais c’est la panique. Surtout lorsqu’une femme des environs, passant par un champ, arrive et suit Nessie, avec ce même regard mort, suivant la même direction. Shana décide de ne pas quitter sa soeur, marcher avec elle, jusque « ça s’arrête ». Qu’elle se réveille enfin. Pour la protéger. Mais le nombre de « somnambules » augmente. Peu à peu au fil des jours. Lorsqu’ils sont une vingtaine, la plupart suivis par un membre de leur famille, les médias sont là, attirés par le phénomène, le CDC (Center for Desease Control = agence de contrôle des maladies et épidémies) est là, avec Benjamin, dit Benji, Sadie, et d’autres : medecins, biologistes, avec leur caravane/laboratoire. On parle du « troupeau » pour les somnambules, qui marchent jour et nuit, sans manger, ni boire, ni se soulager. Les amis, la famille qui les accompagnent parfois sont appelés les « Bergers ». Les autorités de santé sont incapables de faire des analyses : les aiguilles pour les prises de sang se cassent sur la peau des marcheurs somnambules.

Le monde entier s’interroge. Les religieux s’y mettent, surtout les pasteurs de divers branches du Christianisme. Les suprémacistes blancs manifestent avec eux. Des pancartes parlant de l’Apocalypse, de la fin du monde, de la colère de Dieu se mêlent, au bord des routes que prennent les somnambules, les bergers et le cortège des voitures, avec celles criant au Complot du pouvoir en place, à un coup des terroristes du Moyen Orient, des Noirs, de tout ce qui n’est pas « Blanc ». Certains Pasteurs prennent le pouvoir dans les médias, un candidat populiste de cette branche est en train de grimper dans les sondages.

C’est alors que le CDC est avisé d’une nouvelle possible épidémie. Depuis quelques années, des chercheurs ont créé une Intelligence Artificielle Prédictive. Cette machine passe à longueur de temps en revue toutes les données, privées ou publiques, Américaines ou mondiales qu’il peut trouver. Les murs Facebook, les tweets, tous les réseaux sociaux. Le moindre compte rendu à propos de n’importe quoi. Et cette IAP, appelée Black Swan, prévient d’un début d’épidémie. En Amérique.
Et si l’auteur, Chuck Wending, a publié ce livre en 2019, on est saisis par la coïncidence. C’est troublant, c’en est même terrifiant. Parce que c’est respiratoire, c’est les masques, c’est les tests par écouvillons dans le nez, etc.

Et tout ce qu’un Stephen King pourrait écrire à propos du Covid 19 actuel, cet auteur l’écrit. Le chaos, la montée des nationalistes, les frontières, les religions qui font dix fois plus d’adeptes, les sectes du Doomsday, Trump et sa colonie de gens prêts à n’importe quoi pour avoir le pouvoir et l’argent, et débarrasser l’Amerique de tous ceux qui n’ont pas la peau blanche, les pro-armes-jusqu’aux-dents, tout y est. Tout ce qui se passe, tout ce qui POURRAIT se passer.
Comme Stephen King (qui est plusieurs fois cité dans ce livre par des personnages, surtout « Le Fléau ») Chuck Wending aime ses personnages. Les principaux, Shana et sa soeur, Benji le medecin, Sadie, qui a conçu Black Swan, et aussi Mattew, le pasteur et sa femme dépressive Autumn, Marcy, ex policière blessée lors un passage à tabac, Corley, vieux rockeur sur le retour….

Pas une seule page n’est inutile. Pas de « remplissage ». Un style clair, fluide, parfait pour cette histoire.
Bref. Je le recommande. À tous ceux qui aiment les livres de SF, d’anticipation, les thrillers . C’est passionnant, et vraiment impossible à lâcher .

Les somnambules – Chuck Wending, editions Sonatines, 1165 pages, 8 mars 2021

PS : mes excuses à ceux qui reçoivent ma chronique par mail…. souci de taille de police dans ce cas, et pas ailleurs..



16 commentaires

    • Je ne sais pas quoi dire, ce n’est pas America Über Alles, si c’est ça que tu veux dire. Ça se passe aux USA parce que l’auteur est américain, mais aucun défaut, ethnies de tous côtés, sans chercher à faire de « quota »…

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