L’amour, accessoires – Fleur Breteau

«Comme un prêtre défroqué, j’ai vécu pendant six ans un sacerdoce non prémédité dans des boutiques qui vendaient des objets dédiés à l’épanouissement sexuel. Recueillant les confessions de milliers de personnes, les angoisses amoureuses, l’effroi de la solitude et l’intimité qui débloque, j’ai vite compris que nous avions en charge non seulement un commerce, mais aussi une mission d’utilité publique.»


Cette intro en 4e de couverture m’a intriguée, et hop, j’ai plongé dedans. Sans douleur, et sans retenue, car ce récit n’est ni impudique, ni glauque, ni provocateur, ici le porno n’existe pas.

Fleur raconte comment, alors qu’elle cherchait du boulot, après que son auto-entreprise l’ait laissée sur le carreau et sans le sou, un ami lui a proposé de rencontrer Hervé, qui avait besoin de quelqu’un. Ce type montait un projet. Mais sérieux, le projet.

« Le type est fortiche, une détermination de chameau, une volonté en carbone-kevlar. Ah, oui… c’est pour vendre des sextoys, mais de façon postmoderne. »

Et c’est là qu’on rentre dans le sujet, plutôt dans le projet, qui va devenir un « Love Store » à Paris, quartier du Marais, et qui aura quelques magasins franchisés dans l’hexagone. Et lorsque son projet est accepté par sa banque, Hervé et son employée Fleur vont devoir installer leur magasin, et surtout remplir les étagères. Avec des produits déjà choisis par Hervé : des bougies de massage aux sextoys, sans aucune nudité sur les emballages, ça fait partie du concept, rien de vulgaire, pas de DVD pornos, mais quelques livres bien choisis.. et aussi en faisant les courses dans un hyper spécialisé, un fournisseur, pour garnir le restant des étagères, c’est la folie… on trouve de tout. Et de n’importe quoi. Le coin SM avec son « odeur de pneu », vu le faux cuir, les milliers de sortes de préservatifs et mille sortes de sextoys de formes et matières différentes. Mais c’est une bataille entre Fleur et Hervé : » ok c’est cool, mais il y a des phtalates dans la composition, alors c’est non »…

Et il faut penser aux vitrines, surtout pour la Saint-Valentin, jour de grosse affluence. Mais chic, la vitrine. Et Fleur étonne toujours les nouveaux clients : ils s’attendaient à une fille vulgaire, habillée d’une façon provocante, mâchant son chewing-gum et le faisant claquer, sans un regard pour les clients. Or, c’est le contraire. Fleur est une trentenaire normale, habillée normalement. Et ce qu’elle aime faire, c’est, avec son regard acéré mais bienveillant, observer et aider, faire parler pour conseiller. Elle connait ses produits sur le bout des doigts, les clients n’auront pas envie de lire une notice de trente pages. Alors, elle explique, compare. Le canard vibreur, par exemple, est peu efficace et il fait mal, au niveau de la jointure. En plus il consomme des piles comme pas possible. Elle voit les clients hésitants, les couples, les timides, les embarrassés, et les fait parler pour comprendre ce qui leur irait. Fleur va même jusqu’à refuser de vendre, en conseillant un mari épuisé, n’ayant plus le temps de faire l’amour avec sa femme, qui est très fatiguée avec les quatre enfants en bas âge. Et non, ils n’ont jamais de temps seuls pour eux. Alors Fleur lui conseille plutôt de prendre plusieurs jours à deux, de refiler les enfants aux grands-parents, et de partir tranquilles.
C’est là toute la façon dont cette équipe du magasin travaille : pour le bien des gens. Pour la durabilité des couples. Dans l’écologie le plus possible. Dans la gentillesse envers les autres. Des portraits de clients, tendres ou énervés, des maris violents, des histoires à mourir de rire, et c’est la découverte d’un monde inconnu dans lequel on peut parler de relations, de couple, d’amour. C’est de l’ethnologie. Et on est étonné de tout ça. Sans la moindre gêne, sans malaise, sans aucune vulgarité, sans se sentir agressé, le lecteur, même un peu prude (comme moi) y découvrira tout un pan de ce commerce plutôt pas connu. Et l’écriture de Fleur Breteau est vive, claire, très agréable. Et c’est un tour de force, pour parler de ce sujet.
J’ai vraiment beaucoup aimé.
L’amour, accessoires – Fleur Breteau, ed Verticales, 270 pages, sorti en 2017

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