Ne fais confiance à personne – Paul Cleave

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Je suis d’accord : le titre fait très Harlan Coben. À la fin des fins on ne sait plus si on a lu tel ou tel Harlan Coben tant les titres sont de ce genre et tous pareils. Mais pour Paul Cleave, dont j’ai lu récemment Un employé modèle c’est le seul titre  de ce style dans les 7 romans parus chez Sonatine.

 

4e de couverture : « Il y a pire que de tuer quelqu’un : ne pas savoir si on l’a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoigres, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Nous ne sommes pas très raisonnables. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes. Leurs ouvrages peuvent nous donner des idées regrettables, favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité. Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ? »

Ce roman-là c’est encore des heures de lecture sans pouvoir poser le bouquin. Ou tout juste. J’ai été emballée dès la première page où l’on fait la connaissance avec Jerry Grey, auteur de treize romans policiers, qui se retrouve dans ce qu’il reconnaît être une salle d’interrogatoire de police, lui qui en a décrit des dizaines. Il est en train d’avouer un crime à deux policiers et il y a une jeune femme, jolie, devant lui. Mais il faut qu’il raconte : cette femme qu’il a tuée, c’est Susan. Suzan avec un z. Il l’a tuée. L’un des deux policiers l’interrompt et lui dit : « Monsieur, cela fait une dizaine de fois que vous venez nous avouer ce crime. Mais vous n’avez pas tué Suzan. Rappelez-vous, vous êtres écrivain. Suzan est l’un de vos personnages. Vous ne l’avez pas tuée. »

Et lorsque la jeune femme lui dit : « Allez, on rentre », il apprend aussi que cette jeune fille est sa fille chérie Eva. Et que « rentrer » ça ne veut pas dire rentrer à la maison avec sa femme et sa fille, mais rentrer à la maison de santé. Où il habite désormais. Il est très fatigué, il sait qu’il est atteint de « démence » comme on dit, et d’un Alzheimer précoce et très invasif : il vient d’avoir cinquante ans. Et chaque fois qu’il se réveille, il est perdu. C’est un hôtel ? Il est bien en tournée pour un de ses livres ? Il faut qu’il se dépèche, son train est dans une heure. Il essaye de prendre l’ascenseur,  mais il ne fonctionne pas. Un homme, costaud et en blouse blanche l’appelle. Son train, c’est plus tard. Vous ne feriez pas une petite sieste, Jerry ? Et là Jerry s’aperçoit qu’il est en pyjama. Il est confus. Il est perdu. Et c’est vrai, il est fatigué. Rentré dans sa chambre, L’homme qui a un badge disant « Éric », Éric donc, le recouche et lui promet de revenir dans une heure.

Parce que Jerry est surveillé. On ne sait pas comment, mais il se sauve et on le retrouve perdu, en ville, des heures plus tard.

Mais Jerry a fait une chose, avant, depuis le diagnostic, le fameux diagnostic d’Alzheimer. Juste avant le mariage de sa fille. Depuis le début, il tient un carnet. Un carnet que sa fille lui a offert, pour qu’il écrive ce qu’il ne doit pas oublier. Parce que cette maladie, cette satanée maladie va trop vite, il écrit au Jerry du Futur, celui qui sera « confus ». Perdu. Alors il raconte sa femme, les préparations du mariage d’Eva avec « le fameux Rick », celui qu’il n’aime pas trop parce qu’il écoute du Hip Hop. Et qu’il va lui prendre sa fille. Il raconte que sa femme va encore travailler mais pas tous les jours. Ce jour-là, il raconte comment sa femme, qui rentrait du travail l’a trouvé mangeant des pâtes, il se rappelle bien comment il a mis les pâtes du frigo à réchauffer, il a lancé le saladier dans le micro-ondes, mis en route, et là il mange. Mais quoi ? Pourquoi fait-elle cette tête? Oh. Il n’a pas d’assiette. Il mange les pâtes sur la table. Dans le carnet, il raconte les choses de ce genre, les alarmes mises aux portes parce qu’il sort, et la voisine d’en face dont on le soupçonne d’avoir taggé la porte, les visites d’Hans, son meilleur ami, ses espoirs que jamais on ne le mette en « maison médicalisée »… 

Et entre les chapitres du carnet, on suit Jerry qui essaie de fonctionner dans cette maison où on l’a relégué. Où est sa femme ? Où est son bureau ? Et son gin-tonic ? Et pourquoi on l’interroge de plus en plus sur ce qu’il voit à la télé, cette jeune fille poignardée, cette autre, pourquoi retrouve-t-on des bijoux de femme dans ses poches de pantalon ?

C’est un thriller où l’on doute de tout et de tout le monde, tout en découvrant ce pauvre homme englué dans une vie où ses souvenirs sont plus souvent ceux de ses propres romans.. mais.. il y a des meurtres, et on sait qu’il arrive à se sauver.. peut-on faire semblant d’être dément ?

C’est un auteur incontournable désormais que ce Paul Cleave, qui sait manier le suspense jusqu’à son paroxysme. À lire  !

Ne fais confiance à personne – Paul Cleave, Sonatine 2017, 459 pages.

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