Dragon – Thomas Day

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J’ai de nouveau pioché dans la collection Une Heure Lumière des éditions du Bélial’ parce que, une fois encore, j’aime le format de romans courts pour tout ce qui est SFFF, ce qui me permet de me familiariser avec des auteurs.. et les couvertures, la conception graphique et l’objet-livre lui-même sont magnifiques. (Je l’ai déjà dit, je sais).

J’ai passé un certain temps à tourner autour de ce livre sans oser l’ouvrir : cet auteur a écrit au moins dix-huit livres (qu’on trouve chez le Bélial’, mais aussi en Folio SF) et toute une floppée de nouvelles, il a reçu des prix, et il se trouve que j’ai un peu parlé avec lui sur Facebook. Alors j’avais la pression : et si je trouvais ça mauvais, ou difficile à piger (comme la hard-SF) ?  Je vous mets ici le résumé éditeur:

« Bangkok. Demain.
Le régime politique vient de changer.
Le dérèglement climatique global a enfanté une mousson qui n’en finit plus.
Dans la mégapole thaïlandaise pour partie inondée, un assassin implacable s’attaque à la facette la plus sordide du tourisme sexuel. Pour le lieutenant Tannhäuser Ruedpokanon, chargé de mettre fin aux agissements de ce qui semble bien être un tueur en série, la chasse à l’homme peut commencer. Mais celui que la presse appelle Dragon, en référence à la carte de visite qu’il laisse sur chacune de ses victimes, est-il seulement un homme ? »

Ça se passe en Thaïlande, « le pays du sourire », dans quelques années. Bangkok est presque totalement inondée à cause du réchauffement climatique, les égouts et les rivières se mélangent, c’est sale et plus que ça. Tout est submergé dans la partie basse de la ville, et il y a eu un bouleversement politique. Les touristes reviennent, et pas n’importe quels touristes : les prédateurs sexuels, les pédophiles surtout. 

Tann Ruedpokanon fait partie de la police aux touristes. Il vit avec un Ladyboy, comme il y en a tant dans cette ville, des transgenres pas encore opérés. Qui se prostituent pour gagner l’argent de l’opération. 

Dans une ville où l’on se déplace désormais en pédalo, voire en jet-ski si l’on a assez d’argent pour cette sorte de taxi, les bas-fonds sont pleins d’hôtels misérables, d’enfants  drogués au maximum, les plus jeunes ont à peine quatre ans. Les proxénètes s’enrichissent en ouvrant des bordels provisoires, où vont les pédophiles, et ils craignent la police et surtout les ONG de protection de l’enfance. Mais un sérial killer s’est attaqué à cette horreur de pédophilie et rentre incognito dans ces bordels ou ces hôtels et tue les adultes présents, en laissant les enfants sains et saufs. Il dépose sa signature sur les lieux de chaque crime: une carte de visite illustrée d’un dragon. La police de Bangkok met Tann sur l’affaire, pour retrouver le tueur. Mais il semble, pour les ONG que ce Dragon aille dans leur sens, en tuant les sales types, et la Police « ne veut pas de vagues ». Comment Tann va t’il s’y prendre pour trouver ce « Dragon »?

Les décors sont très bien plantés, l’ambiance aussi, ce qui fait qu’on rentre facilement dans le roman. C’est violent, comme peut l’être une sorte de documentaire interne sur la pédophilie dans ces pays-là. On sent bien que l’auteur y a vécu, a bourlingué dans ce Bangkok où même les odeurs de cuisine sont présentes, on est bien dans la réalité. Les personnages principaux sont attachants, c’est à dire Tann et Dragon. On en arrive à aimer ce tueur, qui libère des enfants de cet esclavage.

On se  bien compte qu’à travers ce thriller teinté de fantastique, Thomas Day veut interpeller, dénoncer le tourisme sexuel spécifiquement pédophile,en Thaïlande et en Chine. C’est bien écrit, remarquablement bien écrit, même, c’est efficace. Un point pourtant m’interpelle : l’auteur nous parle de la « tradition » incestueuse et pédophile de ce pays. Oh. Oh. Alors que le texte est dur et déconseillé aux âmes trop sensibles, moi c’est ce genre de remarque, et un raccourci sur une femme à cheveux courts plaqués avec du gel « ce qui lui donne l’air d’être lesbienne », qui me fait sursauter. Je sais bien que le héros, l’inspecteur Tann est gay, mais c’est pas une raison.

Solide thriller, dénonçant la peste du tourisme sexuel, ce court roman est superbe, passionnant, bien écrit, et je le conseille. À moins que vous n’ayiez l’âme trop sensible. 

Dragon – Thomas Day, coll UHL editions Le Bélial’ 2016, 150 pages,  8,90 €

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