Dressing – Jane Sautière

 

IMG_8774

J’ai été invitée par Jane Sautière à visiter ses armoires. Le mot anglais dressing désigne une garde-robe. Qui peut résister à cette tentation : fouiller les armoires et les tiroirs d’une femme? En tous cas pas moi ! Curieuse que je suis….

« De notre naissance à notre mort, ce n’est pas un bref compagnonnage que celui du vêtement. Tous les jours, à toutes occasions, solennelles ou ordinaires, sans qu’on en garde le plus souvent la moindre conscience, nous vivons dans cette coque ou ce pelage. Le vêtement couvre et aussi souligne genre, condition sociale, usages et, bien sûr, mortalité.
Au travers de l’exposition d’une penderie, il ne s’agit pas tant de théoriser, mais de joindre, de laisser voir endroit et envers, le vêtement comme récit de son porteur. Je me souviens avoir particulièrement aimé le travail d’un artiste exposant l’envers de broderies, qui recouvraient un secret dissimulé dans la toile du canevas. J’aimerais qu’il en soit ainsi dans ce livre, un aller-retour du visible et du caché, de la matière au commentaire. » ( Jane Sautière)

L’auteure ouvre, pour le lecteur, l’intime de ses armoires, de ses vêtements, de sa vêture.

Depuis l’armoire bretonne de sa grand-mère, qui portait toujours et tous les jours son costume traditionnel bigouden, ne mettant la célèbre coiffe haute que pour aller en ville, les broderies, le drap, Jane Sautière nous fait non seulement une description minutieuse de l’habit, mais aussi la description exacte des émotions que lui donnent des vêtement disparus. Les somptueux vêtements de sa mère, faits de matières luxueuses, ne résistent pas autant, même s’ils ont été gardés dans une malle. Sa mère, qui lui a laissé bien des bijoux, charge émotionnelle, chacun d’entre eux a son histoire, de la Bretagne à Téhéran, de Paris au Cambodge, lieux où elles ont vécu.

Le questionnement déclencheur, lorsqu’ au décès de sa mère, l’auteure a dû l’habiller. Pourquoi, comment habiller un corps mort ? Pourquoi des sous-vêtements, des chaussettes ? Il semble que de là vient ce livre, recueils de fragments éparpillés, regroupés, remémorés : les vêtements qui tiennent,´ceux qui nous vont bien, ceux qui ne tiennent qu’à un fil… les robes, la période hippie. Les pantalons, les jeans omniprésents, les vêtements qui nous connaissent bien. Les manteaux et les capes, pour s’emballer et se protéger du froid de Paris, lorsqu’on revient de pays chauds.

La finesse d’une échancrure, le tuyauté délicat, le petit point de la dentelle, et les désillusions que donnent beaucoup de sous-vêtements. Les matiëres des pulls, la douceur du mohair, l’alpaga. Les vêtements achetés d’un coup de coeur, dans une corbeille au bord d’un boulevard, les trouvailles des Puces, les vêtements là dénichés, dont on ne retrouvera jamais le semblable..

Et aussi les chaussures, les talons claquant dans les couloirs de la prison où elle travaillait comme éducatrice pénitentiaire.. Un inventaire des penderies d’où l’on ressort toutes les catégories de vêtements, leur histoire, leur façon de tenir le corps, de l’accompagner, de le caresser.. les shetlands à la mode d’un temps, piquants et grattant la peau, les longues robes et les plissés, la redingote des puces qui rendait à la fois élégante et originale, qui allait avec tout… Les couleurs aimées, qui de plus en plus s’assombrissent vers ces noirs, tous différents…

« Une robe, tout en biais, un flot de tissu qui se fait ignorer, qui court avec le corps. Pour l’enlever, je glissais l’une puis l’autre des fines bretelles des épaules, elle tombait toute seule dès que je vidais la cage thoracique de son air. Il n’y a pas plus simple. Expiration, dénudation. »

Et surtout le besoin de ne pas acheter des vêtements fabriqués par des ados, des enfants, rien d’Inde. Ecologie et développement durable, c’est aussi par le vêtement qu’on s’engage.   

Une jolie promenade où l’on voyage d’un continent à l’autre, d’une époque à l’autre, d’une vie à l’autre. Une belle découverte, si poétique, si délicate, si profonde aussi. Et je sais par avance que j’y reviendrai, humer les penderies de Jane.

Dressing – Jane Sautière, éd. Verticales/Gallimard, 145 pages, 2013, réimprimé en 2018

Un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s